L’Épopée Royale inaugure le gravel running en France : une course unique au cœur des Châteaux de la Loire, entre nature, histoire et plaisir de courir autrement. © Epopée Royale

Le gravel running, nouvelle fuite du coureur urbain ?

PratiquesCommunautéÉquipement
27/07/2026 21:50

Bitume saturé, courses qui se ressemblent… le coureur urbain trouve sa sortie sur les chemins de terre, à 20 minutes du périph’. Un phénomène de fond qui dit beaucoup sur notre rapport à la ville et à la performance.


Voilà des années qu’on nous vend le running urbain comme une philosophie de vie. Se lever tôt, dompter la ville, avaler les kilomètres entre deux feux rouges et une piste cyclable envahie par les trottinettes. Et ça a marché, le running français n’a jamais compté autant de pratiquants. Mais quelque chose a changé. Le budget annuel moyen des coureurs atteint désormais 1120 euros, en hausse de 12{929902e1ae24fbd41363c9a1c32dfbb627114431c099f6444c46d2492cf1e17f} par rapport à 2024, selon le Baromètre RunMotion 2025, et une bonne partie de cet argent ne va plus vers des chaussures de route. Il va vers des semelles qui mordent dans la terre. Vers du gravel running.

Le phénomène n’est pas né hier. Mais en 2025, il a clairement franchi un cap. Cinquante pour cent des coureurs pratiquent désormais à la fois la route et le trail, le passage de l’un à l’autre devenant de plus en plus fluide. Entre les deux, une zone grise s’est installée ni vraiment trail, ni vraiment route. Un espace de liberté qu’on appelle désormais GRVL, et qui ressemble drôlement à une réponse collective au ras-le-bol du bitume.

| Ni trail ni route, juste quelque chose d’autre

Pour bien comprendre de quoi on parle, il faut d’abord tordre le cou à quelques idées reçues. Le gravel running, ça réconcilie deux mondes qui semblaient opposés : la fluidité de la course sur route et la richesse des terrains naturels. On ne parle pas de trails techniques, de dénivelé à n’en plus finir ou de raidillons pierreux. Le gravel running emprunte des chemins relativement stables et des pentes modérées entre des pistes forestières, chemins agricoles et voies vertes, là où la foulée reste efficace sans que le genou passe sa soirée à se plaindre.

David Jou, kinésithérapeute et cofondateur de Motiv NY, résumait parfaitement l’état d’esprit à Salomon : « En tant que citadin m’entraînant principalement sur route et ultra runner préférant la technicité des terrains du nord de l’État de New York, le gravel running m’offre la polyvalence que je recherche tant. C’est une discipline intéressante et efficace permettant de varier les plaisirs et d’intégrer la nature à ma routine sportive urbaine, sans parler de ses bienfaits pour mes articulations. » Voilà exactement le profil cible du gravel runner. Pas forcément quelqu’un qui veut finir l’UTMB. Quelqu’un qui veut juste se barrer du trottoir.

| La nature à portée de RER

L’un des arguments les plus puissants du gravel running, c’est son accessibilité géographique. Là où le trail exige une voiture, un weekend de libre et une paire de bâtons, le gravel running se pratique en milieu naturel, sans la foule et sans le stress de la circulation urbaine comme une forme de reconnexion à l’environnement, à un rythme humain. Des outils comme Komoot, OpenRunner ou AllTrails permettent de repérer en quelques minutes les chemins qui commencent là où finit l’asphalte et souvent, c’est plus proche qu’on ne le croit.
Courir sur des chemins de terre, longer une rivière, traverser une forêt… ces moments offrent une vraie coupure mentale, loin du stress urbain et du bruit de la circulation. Le gravel running permet de recharger les batteries tout en dépensant de l’énergie. Ce n’est pas anodin. Dans un contexte où les études sur le bien-être mental des coureurs se multiplient, l’effet « nature » sur le cortisol n’est plus à prouver. Courir sans regarder les feux, sans se méfier d’un vélo lancé en sens inverse, sans inhaler les pots d’échappement, le cerveau, lui aussi, en profite.

La quête de nature se confirme dans les chiffres car selon le Baromètre national des pratiques sportives 2025 du CREDOC, l’univers de la marche et de la course est le plus pratiqué, avec 32{929902e1ae24fbd41363c9a1c32dfbb627114431c099f6444c46d2492cf1e17f} des personnes qui déclarent courir au moins une fois par semaine. Et une bonne partie de ces sorties cherche désormais à s’éloigner du goudron.

« Ce qui est cool, c’est que tu peux courir avec ces chaussures et aller boire un verre après sans avoir l’air d’un idiot »

Un designer Salomon

| Salomon a senti le vent tourner et bien avant tout le monde

Les marques, elles, n’ont pas attendu que le phénomène soit mainstream pour se positionner. Salomon, en particulier, a mis le paquet. Dès la saison automne/hiver 2024-2025, la marque annécienne dévoilait le concept GRVL, une gamme de chaussures destinée au gravel running qui associe l’amorti et le rebond des chaussures de running sur route avec une adhérence supplémentaire inspirée des pneus de gravel bike. L’idée derrière la semelle ? Exactement celle du cycliste qui roule sur le chemin caillouteux : mordre le sol sans sacrifier la vélocité sur route.

Au début de l’année 2025, Salomon dévoilait l’Aero Glide 3 GRVL, rapidement sacrée référence du gravel running 2025, avec un équilibre maîtrisé entre amorti, dynamisme et robustesse. L’Aero Glide 3 GRVL pèse seulement 275 grammes, avec une semelle intermédiaire à hauteur de profil importante – 40 mm au talon, 32 mm à l’avant – construite avec la mousse Energy Foam Evo. Son petit frère, l’Aero Blaze 3 GRVL, pousse le curseur un cran plus loin côté réactivité. Et la dynamique ne s’arrête pas là : la collection printemps/été 2026 pousse le concept encore plus loin, en se faisant plus fashion-forward et en élargissant la gamme à des vêtements et un gilet de running.

Comme le résume un designer de la marque dans Field Mag : « Gravel, c’est une opportunité unique de ramener l’esprit outdoor dans les villes. Les coureurs veulent découvrir la nature à leur porte. » Et il ajoute, avec une franchise désarmante : « Ce qui est cool, c’est que tu peux courir avec ces chaussures et aller boire un verre après sans avoir l’air d’un idiot ».

| Art Basel, les Champs et les chemins de terre

Mais Salomon n’a pas seulement sorti des chaussures. La marque a posé un acte culturel fort en octobre 2025. Du 24 au 26 octobre, Salomon faisait ses premiers pas à Art Basel Paris avec « Sensorial Terrains », une œuvre immersive inédite conçue en collaboration avec le studio PAVILLON NOIR et l’artiste visuel Theo Tagholm, présentée au cœur du Grand Palais. Son flagship des Champs-Élysées se transformait en galerie d’art éphémère avec deux installations en accès libre, tandis que des community runs étaient organisés au départ du magasin.

Le message était clair : « GRAVEL RUNNING is as much culture as practice: fluid, intentional, curious, and shaped by experience rather than competition. » Autrement dit, la marque ne vend plus seulement une chaussure. Elle vend une manière d’habiter la ville en sortant dedans, mais aussi en sortant dedans autrement. Salomon positionnait ainsi délibérément le gravel comme une partie de la culture générale, pas seulement du monde du running de performance.

On a aussi vu Salomon organiser un Gravel Art Run à Lyon, un run sans pression, une balade dans la ville, une immersion artistique. Juste l’envie de courir autrement ou encore s’associer à MEC Vancouver pour lancer des runs communautaires autour de ses nouvelles paires. La stratégie est cohérente, c’est de faire du gravel running un mouvement avant d’en faire un marché.

© Salomon

| Et les chaussures aux pieds, ça donne quoi ?

Sur le terrain, l’expérience gravel running fait l’unanimité chez ceux qui ont tenté. Surfaces mixtes, amorti naturel, articulations préservées, peu d’équipement, peu de contraintes, départ facile depuis chez soi, voici la recette séduit autant les coureurs confirmés en quête de variété que les néophytes qui ne savent pas encore comment mettre un pied hors du bitume.

Un testeur de Believe in the Run décrit l’Aero Glide 3 GRVL comme sa chaussure préférée de 2025 tout court et pas seulement dans sa catégorie, mais aussi comme entraîneur quotidien sur route. Ce genre de verdict dit tout comme une chaussure de gravel bien pensée n’est pas un compromis. Elle est meilleure que le bitume pur, parce qu’elle offre plus et du côté des chemins, elle tient la route sans perdre en fluidité.

| Le running urbain en quête de sens

Il serait trop simple de résumer le gravel running à un simple caprice d’équipementiers bien marketés. Derrière la tendance, il y a quelque chose de plus profond, une vraie redéfinition de ce que signifie courir en ville. La communauté qui se forme autour de cette pratique partage un état d’esprit commun : la curiosité, l’envie d’explorer, le plaisir de la sortie pour elle-même plutôt que pour la performance.

C’est peut-être là la vraie rupture. Pas l’abandon du bitume – on n’y est pas encore – mais le rejet de la logique de performance pure qui a longtemps dominé le running urbain. Le chrono, le segment Strava, la course à plat sur boulevard large pour aller vite. Le gravel running dit autre chose : que le chemin compte autant que l’allure. Que s’arrêter pour regarder un champ, c’est aussi du running. Que la sortie n’a pas besoin d’être « optimisée » pour valoir quelque chose. Dans une époque où l’on court en regardant sa montre, courir sur un chemin de terre, c’est presque un acte de résistance. Et visiblement, de plus en plus de gens ont envie de résister.

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Dorian VUILLET
Journaliste

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